Le télescope
Harry savait. Il avait suffit d’une seule nuit pour plonger ce grand maigrichon de Harry Sparks dans le plus profond désespoir. Et tout cela était la faute de cette satanée lunette astronomique, celle de l’oncle Oly, avec laquelle ce dernier avait appris au petit Harry à différencier les différentes étoiles de notre voûte céleste. Après avoir tant rêvé de monde lointain, le jeune homme avait suivit un long cursus qui devait lui permettre d’exceller dans le domaine de l’astrophysique. C’était aujourd’hui chose faite et l’homme qu’il était à présent passait ses nuits les yeux rivés sur les mystères de notre univers. Jusqu’à maintenant en tout cas. Parce que de toute façon, continuer à regarder le ciel, ne servirait plus à grand-chose.
En fin d’après-midi, alors que le télescope géant se mettait en position pour l’observation nocturne, Harry était loin d’imaginer qu’il allait donner son nom à une découverte dont il se serait volontiers passé. A priori la nuit devait revêtir l’allure d’une classique prise de notes concernant un amas nébuleux. Trois fois rien. Le simple repérage de quelques cailloux gravitant à plusieurs années lumières de notre planète. La routine.
Pourtant rien ne s’était déroulé comme prévu. Tôt dans la soirée il semblait évident que quelque chose clochait. Ce rocher en mouvement, là. Il n’aurait pas dû se trouver sur cette trajectoire, fonçant à travers le vide spatial à une vitesse vertigineuse. Des calculs s’imposaient. Hors de question de créer un mouvement de panique chez les astrophysiciens en observation ce soir là. Puis aucun autre télescope ne s’était manifesté, preuve qu’il fallait vérifier tout ça avec le plus grand sérieux.
Harry savait. Les chiffres étaient justes. Il était le premier à connaître le visage du jugement dernier. Un caillou de la taille d’un pays comme l’Espagne allait venir s’écraser sur la terre et la disloquer.
D’ici quelques heures il semblait évident que bien d’autres scientifiques remarqueraient à leur tour ce qui se tramait au-dessus de nos têtes. Mais pour l’heure il était seul. Seul avec ce terrible fardeau. Celui de porter, sur ses trop maigres épaules, le sombre destin qui attendait notre monde. Ce matin là le ciel n’avait plus le même éclat. Le café rapidement ingéré avait perdu son arôme. Ces étoiles qu’Harry avait tant aimées, étaient sur le point de lui jouer un mauvais tour. Pas besoin de la lunette de l’oncle Oly pour assister à ce qui allait se passer. L’humanité toute entière se trouverait aux premières loges pour une unique représentation.
Loin de là. Un peu partout à la surface du globe, la vie poursuivait son rythme quotidien. Dans les rues embouteillées se répandaient des concerts de klaxon, furieux, il fallait être à l’heure à son travail. Dans les jardins publics les enfants courraient après des ballons capricieux que le vent chahutait avec malice. Dans une chambre parfumée, de jeunes amants osaient leurs premiers pas malhabiles. Sur les terrains de sport chacun se motivait pour surpasser l’adversaire du jour. Au théâtre les spectateurs se levaient pour acclamer la troupe. Dans une salle d’accouchement la vie pr------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ --- -- - - -