J'ai tendance à oublier que cet océan de diversité littéraire n'a pas existé de toute éternité et je suis très heureux si le marché du livre pour ados se porte bien, d'autant plus que certains livres estampillés comme tels me semblent de grands outsiders (Des fleurs pour Algernon).
J'espère seulement que d'une part, ces livres ne sont pas seulement achetés par les parents ou les enfants sans être lus: je suis persuadé que nos statistiques de livres lu par an par individus sont faussés à ce niveau. Le livre-objet trônant dans les bibliothèques ou offert en cadeau, c'est une réalité à laquelle ne pensent pas les
vrais lecteurs.
D'autre part, je me demande dans quelle mesure les adultes ont pris gout à ces livres pour ados, et tout ce que ça peut nous apprendre sur nos ambitions littéraires, nos gouts insatisfaits par la littérature sérieuse, etc.
Et puis on peut se dire que Neverwhere de Gaiman est accessible à tout le monde, or il aurait écrit des contes plus accessibles encore (que je n'ai pas lu). Je vois que ça frustre pas mal de lecteurs sur le net.
Je ne sais pas si des livres charnière comme
A la croisée des mondes de Pullman sont une solution: il n'est pas aisé de dire à partir de quelle tranche d'âge on peut au mieux profiter de leur message.
La lecture doit être vécue par beaucoup comme une corvée imposée par l'école (et à laquelle on se défile comme l'on peut par des éditions résumées etc) ou par un média reliquat du passé/emprunt de snobisme, ou objet d'un certain complexe d'infériorité. Les livres pour ados apparaissent alors comme beaucoup plus faciles à lire (malgré les pavés au prix conséquent), à comprendre, et surtout à savourer. Ca doit s'appliquer aussi pour les best-sellers qui remplissent les bacs et à la fantasy-SF toute en belles illustrations. Il doit y avoir une minorité de lecteurs qui doivent fouiller les librairies à la recherche du bouquin non commenté sur le net, à la couverture blanche affreuse et au titre sibyllin, genre "le yaourt enneigé".
Trop de choix, trop de risque d'être déçus, alors on se rabat sur le connaissable, et des gens se mettent à l'esprit que les titres les plus connus sont quelque part les meilleurs. Il y a bien un océan, mais j'ai le nez plongé dans ma carte de navigation.