A présent je savais. Oui je comprenais enfin pourquoi, après de si longues années de silence, mon père aimait cette image par dessus tout. Je réalisais également la douleur qui avait dû le tourmenter jusqu'à l'heure inéluctable du grand sommeil. Il reposait sans soufrir. Un moindre mal en fin de compte.
Pourtant il aurait pu me faire confiance, il aurait pu venir me parler de cette ombre qui planait sur chacun de ses gestes quotidiens. Je n'avais rien vu, rien imaginé. Mais comment aurais je pu? Je n'étais qu'un gosse, un égoïste petit garçon au rêves d'aventures. Mon coeur de petit dur n'était sans doute pas prêt à accepter les larmes d'un père brisé par un cruel passé.
Il n'aimait pas quand je jouais à la guerre ou aux soldats, la violence le rebutait même lorsqu'il ne s'agissait que de jeux d'enfants. Pas de western à la télé, aucune réplique d'armes à feu à la maison. J'étais un garçonnet pacifique! Et qui s'ennuyait, sans savoir que le responsable de ce harcelement appartenait à un passé aujourd'hui hanté par de sombres fantômes.
En fin de compte maman s'est décidé à ne pas me laisser dans l'ignorance. Elle ne supportait plus cette situation. Elle souhaitait que j'aime enfin mon père, et non que j'en garde un souvenir amère. Celui d'un petit garçon qui avait l'impression d'avoir été négligé.
J'ai toujours cru que papa avait été fils unique. Ce n'était pas le cas. Il avait un jeune frère, de trois ans son cadet. Ils étaient très unis, toujours fourrés ensemble, toujours solidaires faces aux pires situations comme aux meilleurs. Cette image était leur trésor. Elle allait devenir également le tourment de mon père.
C'était décidé! Plus tard ils seraient deux cow-boys! Comme sur le dessin! D'ailleurs ils allaient rapidement mettre leur projet à execution. Le vieux Robin, le jardinier de la famille, possedait son propre revolver. Il serait aisé de le dérober, il le dissimule dans le viel abris, celui destiné aux outils.
Seul un coup de feu avait déchiré le silence cette après-midi là.
Le petit était mort instantanément, laissant à son grand frère le soin de porter leurs deux âmes dans son unique coeur trop serré par le chagrin.
Une image toute simple, deux gosses qui rêvent...mon papa...
Oui, à présent je savais.
----------------------------------------------------------------
Oups c'est pas gai hé!! Désolé!!